Bien choisir un parfum et le porter correctement sont deux compétences différentes, et la seconde s’apprend en dix minutes. Presque tout ce qui suit découle d’une seule chose, déjà vue ici : les matières d’un parfum ne s’évaporent pas à la même vitesse, et la chaleur accélère tout.
Où le vaporiser
La chaleur fait le travail de diffusion. Un parfum posé sur une zone tiède se déploie ; sur une zone froide, il reste où il est. C’est pour cette raison qu’on vise le cou, la base de la gorge, l’intérieur du coude, l’intérieur du poignet. Ce ne sont pas des points magiques, ce sont les endroits où le sang passe près de la surface.
Les cheveux tiennent remarquablement le parfum, mais l’alcool les assèche, donc mieux vaut viser la nuque que les longueurs.
Le vêtement est un autre cas. Le tissu n’a ni la chaleur ni la chimie de la peau, et le parfum y évolue donc autrement : il bouge moins, il dure plus, et il ne devient jamais tout à fait ce qu’il serait devenu sur vous. Ajoutez le risque de tache sur les matières claires ou délicates. Le vaporiser sur un vêtement n’est pas une faute, mais ce n’est pas la même chose que de le porter.
Combien
Moins que ce que vous croyez, et pour une raison précise : vous cessez de sentir votre propre parfum au bout de quelques minutes. Le nez s’adapte à une odeur constante et cesse de la signaler. Ce n’est pas le parfum qui a disparu, c’est vous qui avez cessé d’y avoir accès, et c’est le mécanisme qui pousse la plupart des gens à en remettre.
La concentration compte aussi. Un extrait porte une charge de matières bien supérieure à celle d’une eau de toilette, et se dose donc autrement. Le repère utile n’est pas un nombre de pressions, c’est la distance : votre parfum doit être perceptible par quelqu’un qui vous approche, pas par quelqu’un qui entre dans la pièce.
Ne frottez pas vos poignets
L’idée qu’on écraserait les molécules en frottant est fausse. Si les molécules odorantes étaient à ce point fragiles, enfiler un manteau suffirait à détruire un parfum.
Il se passe autre chose, et le résultat donne raison au conseil pour de mauvaises raisons. Le frottement chauffe la peau et étale le liquide sur une surface plus large. Les deux accélèrent l’évaporation, et ce sont les matières les plus volatiles qui en paient le prix. Vous ne cassez rien : vous brûlez votre tête plus vite.
Vaporisez, puis laissez sécher sans y toucher.
Quand le juger
Pas au comptoir. Ce que vous sentez dans les secondes qui suivent la vaporisation est la partie la plus fugace et la moins représentative de la composition.
Vous remarquerez que personne ne s’accorde sur le délai à respecter. Les chiffres qui circulent se contredisent d’une source à l’autre, et c’est normal : la parfumerie classe ses matières par vitesse d’évaporation, pas en minutes, et cette vitesse dépend de la composition. Un boisé lourd et un agrume ne se posent pas dans le même temps.
Le repère fiable n’est donc pas une durée, c’est un événement. Attendez que la tête soit partie. Vous le saurez : l’attaque vive retombe, et ce qui reste est plus rond, plus stable. C’est à partir de là que vous portez vraiment le parfum, et c’est cela qu’il faut juger.
Et jugez-le sur votre peau. Une mouillette vous donne la composition sans la chaleur, sans le corps gras de la peau, sans vous. Elle sert au parfumeur à comparer ; elle ne sert pas à décider.
Ce que la superposition fait et ne fait pas
Superposer deux parfums ne crée pas un troisième parfum. C’est ce qu’on entend le plus souvent, et c’est ce qui tient le moins.
Chaque composition a été équilibrée contre elle-même. En superposer deux revient à faire jouer deux orchestres complets dans la même salle : ce que vous obtenez n’est pas une œuvre nouvelle, c’est de l’encombrement, et le plus insistant des deux gagne.
Ce qui fonctionne est plus modeste. Une matière simple sous une composition complète, pour appuyer une facette. Un produit pour le corps de la même ligne, qui prolonge le fond sans rien ajouter. Une eau légère sur un fond plus dense, dans cet ordre et pas l’inverse. Dans tous les cas, l’effet se joue sur le fond, parce que c’est la partie qui reste assez longtemps pour se mêler à autre chose.
Aucun de ces points n’est une règle de savoir-vivre. Ce sont des conséquences de la façon dont un liquide s’évapore sur une peau tiède, et elles se retiennent une fois pour toutes.


